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TRAITE NEGRIERE, COLONISATION: Amadou Mactar Mbow sort de sa réserve et répond à Sarkozy
(Rewmi 23/08/2007)

« On oublie que la traite des Noirs a contribué très largement dans l’accumulation primitive du capital ». Joint hier à Vichy (Ville qui rappelle la France occupée par Hitler et trahie par ses Fils avant d’être sauvée par les Fils de l’Afrique), l’historien sénégalais, ancien directeur général de l’Unesco, est sorti de sa réserve pour répondre à Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa. Une manière pour lui de célébrer ce 23 août « Journée internationale de commémoration de la lutte contre l’esclavage et de son abolition ». Amadou Mactar Mbow avait réussi sous l’égide de l’Unesco a rassemblé d’éminents scientifiques africains dont Joseph Ki – Zerbo, Cheikh Anta Diop pour l’écriture de « l’Histoire générale de l’Afrique ». Premier ministre de l’Education et de la Culture du Sénégal, il affirme que « Sarkozy ignore les réalités profondes de l’Histoire de l’Afrique. »

Concernant « le refus de repentance », cheval de bataille de Nicolas Sarkozy qui en moins de cent (100) jours veut faire table rase sur l’Histoire douloureuse et sur la souffrance infligée par les Blancs aux Noirs. Une souffrance qui se perpétue par des règles commerciales injustes à l’Omc, M. Mbow clarifie le débat : « On oublie que la traite des Noirs a contribué très largement dans l’accumulation primitive du capital. On ne peut pas passer tout ça par pertes et par profits. Nous ne demandons pas de repentance. Ce que nous demandons c’est que l’Histoire de l’Afrique, soit écrite de manière objective, qu’elle ne soit pas tronquée et, qu’elle soit écrite sans falsification. » Pour le Pr Amadou Mactar Mbow au contraire « ce que les Africains ne peuvent pas accepter c’est qu’on passe sous silence des situations qui continuent d’influer sur notre propre présent. »

L’Africain qui avait osé dénoncer la domination de l’information mondiale par trois robinets occidentaux qui ne s’intéressent qu’à une certaine Afrique décrite comme la terre des « génocides » de la « corruption », de la « violence » et des « guerres ethniques » de désoler qu’en plein 21ème siècle le Continent noir continue d’être traité comme un « mineur » irresponsable : « L’heure, a –t- il asséné, est passée où on pouvait donner des leçons aux Africains. Il faut laisser aux Africains le soin de trouver les voies de leur propre bonheur. » Il considère que « la coopération entre l’Afrique et les autres pays doit être basée sur la connaissance de l’Afrique sur ce qui a marqué ce Continent. ». Ainsi a –t- il justifié : « la déclaration de Nicolas Sarkozy à Dakar, ignore les réalités profondes de l’Histoire de l’Afrique. ». Très remonté par le discours inamical et irrespectueux de Sarkozy, le Sage Amadou Mactar de lancer au Président Français : « Le problème est que personne ne peut écrire l’histoire de l’Afrique à la place des Africains. Nous ne sommes pas des mineurs. Nous sommes des majeurs. L’Heure est venue de repenser l’Afrique autrement qu’avec des rapports condescendants. »

« On ne sort pas indemne de trois siècles d’esclavage » déclarait Sembène Ousmane à ContinentPremier.Com. Une vérité que partage le Pr Mbow : « Il est une vérité bien admise le passé conditionne l’avenir. Plus concrètement le comportement des gens à notre égard ne peut se comprendre qu’à travers cette histoire qui remonte depuis le milieu du 15ème siècle. On a tendance de plus en plus à culpabiliser les Africains comme s’ils étaient responsables de ce qui leur arrive aujourd’hui. »

Traite et colonisation…

La colonisation était nécessaire pour les occidentaux. Lors de la première révolution industrielle du 19ème siècle, l’Europe avait besoin de matières premières, de marchés et d’espace d’investissement. « C’est ce qui fait que nous refusons des allégations qui font porter sur les épaules des victimes la responsabilité de la traite négrière. Nous la refusons car ce ne sont pas nous qui avons armé les négriers. ». Là, l’historien creusant dans ses souvenirs renvoie Sarkozy à Las Casas, le moine qui avait plaidé auprès de Charles Quint l’institution du transfert officiel d’esclaves africains en Amérique pour sauver la vie des Indes soumis au travail forcé et qui mouraient en masse. Las Casas a publié au 16ème siècle un grand ouvrage sur « L’Histoire des Indes » qui a été récemment réédité en trois volumes. Dans le Tome 1, il décrit la chasse à l’homme par les Portugais avec des armes à feu (Que les Africains, précise Mbow n’avaient pas) pour se procurer les esclaves vendus ensuite au Portugal avant leur envoi en Amérique après sa « découverte ». Amadou Mbow très didactique renvoie aussi Sarkozy à ses études : « Il faut relire André Gide ‘’Voyage au Congo’’ où il décrit dans les années vingt la pratique et les ravages du travail forcé ». Ne parlez surtout pas d’aspects positifs de la Colonisation au Professeur Mbow. « Mettre en avant la construction des ponts et des routes par la colonisation en ignorant que tout cela a été réalisé par les Africains et avec leur argent est une cécité intellectuelle. Ils veulent nous donner des leçons en refusant de connaître notre histoire ». En réalité le financement de ces infrastructures était fait par emprunt et payé par l’argent des territoires. Par ailleurs ce sont des investissements consentis pour le commerce du colon. Ne parlons même du « Code Noir ». Et tout allait vite avec son cortège macabre lié au travail forcé. « Chaque traverse du chemin de fer était le tombeau d’un Africain ».

El Hadji Gorgui Wade NDOYE

(ContinentPremier - Onu – Genève)

L'Afrique,insultée par elle-même,pas par Sarkozy.
(Camer.be 23/08/2007)

A Dakar, Sarkozy s'est adressé à l'Afrique à travers la jeunesse sénégalaise. Mon analyse du discours du Président Français est qu'il a exprime' sa déception concernant les pratiques lointaines de l'Afrique, lesquelles n'aideront jamais le continent a' recouvrer sa fierté et sa stabilité.

Remarquez, cette partie du monde qui vit de mendicité alors que son sous-sol explose de richesses ;sa main d'Å"uvre valide,mais desoeuvrée; les transferts de fonds colossaux qui ne soient a' l'avantage de nos pays et, a' la longue,de ceux qui les envoient ;les divisions et guerres tribales ; la corruption à outrance ; la jeunesse et l'intelligentsia victimes d'exil et de discrimination ; l'injustice ;les coups d'Etat ;la sécheresse née de la déforestation ou des feux de brousse et jamais de reboisement ;le maraboutisme et son compagnon de fetiche malfaisant...(dites-moi de m'arrêter là ,au risque d'être confondu à Sarkozy lui même, si je ne le suis pas déjà).

Tout comportement social a un nom et correspond à un prix ou une attitude. Plutôt que de décrier le verdict de Sarkozy, nous devons être motivés, sachant que pour la première fois au moins, on rompt avec cette « diplomatie »fallacieuse des supercheries, et on nous jette à la face, ce qui est fait,dit ou pense',partout où un Africain apparait, quelles que soient sa classe, sa fierté, son origine.

Il est révoltant et regrettable que les enfants de l'Afrique que nous sommes, continuons toujours à dormir et compter sur les autres pour se nourrir, se vêtir, se soigner, s'instruire ou s'éduquer. Qu'on reçoive la morale pour nous aimer et nous accepter les uns, les autres...Ou' est la responsabilité' dans toute cette attitude ? On ne peut plus continuer à nous «babysit » (nous mettre en tutelle et veiller sur nous). Qu'est-ce qui peut nous être fait ou dit maintenant pour qu'on se réveille et adopte le droit chemin; celui de l'honneur collectif, de la gestion saine de nos ressources, du cÅ"ur sur le travail bien fait et des normes sociales absolument défendables...

Tantôt, nous condamnons notre leadership que moi-même je responsabilise à une forte dose des maux du continent, tantôt nous blâmons le monde pour telle ou telle chose. Il est temps de collégialement accepter d'être la nouvelle classe de Guinéens, de Maliens, de Sénégalais, d'Ivoiriens, d'Ethiopiens, de Soudanais..., d'Africains.

Cette classe qui s'arrête devant le miroir pour voir qu'est-ce qui va et ne va pas avec l'image de l'Afrique en général, et nos pays en particulier. La critique de chacun de nous, individuellement et collectivement. Enfin, arrêtons de rêver. Au-delà du rêve, la vie est réelle. Personne ne peut faire notre vie pour nous, sinon que nous-mêmes.

Si nous attendons les autres pour prendre notre place dans notre vie, ils agiront en leur propre faveur. Pas en la notre. Sarkozy lui, n'a aucun intérêt à même contrecarrer la dictature sur le continent. En le faisant, comment vivra la France ? L'Afrique et les Africains que nous sommes ne devons pas continuer a' vivre de honte, de rejet de soi-même, d'absurdité...

« Alla be Anabi be », ou traduisons cela dans d'autres langues ou dans les faits, si on pouvait commencer une nouvelle ère de conscientisation et de comparaison avec le monde... ! Nos ruraux, nos enfants, nos malades, n'en peuvent plus ! Ils sont fatigues' d'avoir faim, de vivre le poids de l'obscurantisme, d'être en insécurité, de connaître le noir de la nuit, dans son contenu souvent malsain...On est leur esprit, leur choix, leur espoir. Nous, on s'en fou, on est les leaders, les intellectuels et les riches qui n'incluent que nos familles, amis et connaissances. Du reste, on s'en fou.

Ils ne sont pas nous. Ils sont eux-mêmes. Qui et que sommes-nous donc, sans eux? Ces gens de la base qu'on rejette et piétine...Quel jugement portons-nous en restant ce que nous sommes? Sarkozy n'a-t-il pas raison ? On est nos propres ennemis ; notre propre sort. Waiii, Eiii,m'mariji !!!

© sarkozy-afrique : Lamine Sununu Kaba


DOUDOU DIENE SUR LE DISCOURS DE SARKOZY: « Le silence des chefs d’Etat africains est étonnant ! »
(Sud Quotidien 23/08/2007)


« Pour Nicolas Sarkozy l’homme noir est attaché à la nature, il ne peut pas faire le saut cantique de la nature à la civilisation et il est resté collé à la nature. » Nicolas Sarkozy est venu à Dakar avec un discours révisionniste. On a appris que Mbéki a remercié Sarkozy pour sa prestation à Dakar. Le rapporteur des Nations – Unies contre le racisme, le Sénégalais Doudou Diène, interrogé sur sa lecture du discours de Nicolas Sarkozy partage l’opinion de beaucoup d’intellectuels africains qui demandent à Me Wade, actuellement en vacances en Suisse, de répondre à son homologue français. Encore qu’il court le bruit au niveau de la Diaspora noire que « les Sénégalais sont des traîtres ». Certains se demandant combien d’euros Me Wade a –t- il reçu pour laisser Sarkozy perpétrer à Dakar le crime contre l’Humanité pour reprendre l’expression de l’historien Mamadou Diouf de Columbia University. Des Africains étudient par ailleurs les modalités de saisine du Haut Commissariat aux Droits de l’Homme.

M. Diène, il est constant pour tout observateur averti que Nicolas Sarkozy à Dakar, a péché par ignorance, arrogance en se trompant dangereusement d’époque. Quelle est votre lecture de sa déclaration ?

« Ce n’est qu’une juxtaposition de textes différents avec des propos forts sur la culture africaine et sur l’homme africain. Deuxièmement, et le plus critique, c’est la posture politique. Comment comprendre qu’un homme d’Etat français puisse venir dire aux Africains ce qu’ils sont, ce qu’ils doivent faire. Sur ce point c’est au pouvoir politique de répondre à Nicolas Sarkozy. Cette réponse est attendue même après son départ. Le dernier élément, c’est la vision historique qu’a le Président français du Continent africain. M. Sarkozy prêche par ignorance. Il a dans sa vision historique de l’Afrique reproduit mot à mot les stéréotypes sur l’homme Noir qui a été décrit comme un être inférieur par des savants des Lumières pour légitimer l’esclavage et plus tard la colonisation. Et c’est de cette littérature qu’est née l’anthropologie du racisme anti – Noir en décrivant une absence de civilisation de l’Afrique et de l’homme Africain. Pour Nicolas Sarkozy l’homme noir est attaché à la nature, il ne peut pas faire le saut cantique de la nature à la civilisation et il est resté collé à la nature. C’est là une reproduction des vieilles constructions idéologiques qui ont été faites à l’encontre des autres peuples non – européens. Malgré tout ce qui a été fait par des scientifiques français comme africains à l’image du parrain de l’Université de Dakar Cheikh Anta Diop, que Nicolas Sarkozy a délibérément oublié dans son adresse à la jeunesse africaine. C’est un silence voulu. Un silence idéologique. »

Même quand il passe la pommade aux Africains, c’est pour mieux les rabaisser. Quand on connaît bien le débat en France, ne peut – on pas dire que Sarkozy ne s’adressait pas uniquement à la jeunesse africaine ?

« Ce discours exprime la montée de deux courants idéologiques en Occident. Premièrement, le courant du révisionnisme historique qui est en train de monter et qui a été illustré par le débat sur la « dimension positive de la colonisation ». Dans leur posture révisionniste des historiens essaient de démontrer que l’esclavage était l’œuvre même des victimes. Le deuxième courant propose une relecture ethnique des faits sociaux. Les tenants de ce courant suggèrent par exemple que l’immigration n’est plus un phénomène dont il faut avoir une lecture historique de tous les peuples mais exclusivement de peuples dont les valeurs culturelles ne sont pas en conformité avec la civilisation. Il s’agit d’intellectuels de renom comme le philosophe français Alain Finkielkraut ou l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse qui avait considéré que la révolte des banlieues était liée à la polygamie. C’est un courant assez profond. Ce que dit Nicolas Sarkozy est donc une expression politique d’un courant idéologique profondément révisionniste. Cependant, on ne peut pas accuser Nicolas Sarkozy d’être raciste. Il ne l’est peut – être pas. Le problème se trouve en France même. C’est la crise identitaire que vit la République française. Le surgissement d’un courant avant - gardiste et révisionniste est lié à une certaine idée d’une Europe blanche et chrétienne. Ces vieilles constructions identitaires sont en contradiction avec la société européenne d’aujourd’hui. »

N’est ce pas le signe avant - coureur d’un tournant historique très profond ?

« Il y a aujourd’hui une interprétation ethnique qui veut valider le retard de l’Afrique en en faisant un Continent anhistorique. Pour ces occidentaux les immigrés constituent une menace. Une seule question à Nicolas Sarkozy comment interprète-t- il le fait que des milliers d’Africains se retrouvent dans les cimetières français ? N’étaient – ils pas appelés au nom de la « mère – patrie » pour défendre la Liberté et la Démocratie ? »

Partagez – vous l’idée que Me Abdoulaye Wade doit répondre à Me Nicolas Sarkozy ?

« Il y a une interpellation des hommes politiques africains par le fait qu’un homme politique français vienne chez eux leur apporter une relecture historique de leur histoire, de leur propre être et de l’histoire de la colonisation. Leur silence est étonnant ! Le Chef de l’Etat sénégalais devrait donner son point de vue. Dans un esprit de dialogue critique, courtois mais de fond. Ce dialogue critique là est attendu par les peuples sénégalais et africain. Et ce n’est pas seulement le Président du Sénégal qui est interpellé. De même les intellectuels africains sont interpellés. Il est temps qu’il se réapproprie la connaissance et la réécriture de leur propre histoire. Quelles sont les recherches faites dans nos universités sur l’histoire de l’Afrique ? Quels sont les efforts des autorités politiques sur l’enseignement de l’histoire africaine ? De même les intellectuels français et européens sont interpellés dans ce débat. Quels sont les travaux récents qui ont été faits sur l’histoire de la France et de l’Afrique ? Ces intellectuels doivent se positionner sur l’histoire coloniale. C’est en définitive leur propre société multiculturelle qui les interpelle »

Par El Hadji Gorgui Wade NDOYE, (ContinentPremier ONU – Genève)


 
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